Restrictions sur le tabac acheté à l'étranger: "cette mesure permet aux douanes d'émettre un billet" (Olivier Dussopt)

Restrictions sur le tabac acheté à l'étranger: "cette mesure permet aux douanes d'émettre un billet" (Olivier Dussopt)

A l'occasion d'une importante saisie de 12 tonnes de tabac à chicha de contrebande (voir aujourd'hui), Olivier Dussopt, ministre des Comptes de l'Etat, fait le point sur la lutte contre les trafiquants en Le Parisien / Aujourd'hui en France. Nous reproduisons l'interview dans son intégralité.

Dans quelle mesure la déconfinement a-t-elle relancé l'activité des trafiquants d'êtres humains?

Olivier Dussopt : Depuis la réouverture des frontières et la fin de la détention, les autorités douanières ont constaté 1 200 infractions et ont saisi 33 tonnes de tabac. Plus récemment, nos services ont réduit le trafic vers la Grande-Bretagne. A cette occasion, 13 tonnes de tabac ont été détruites. En 2019, 44,3 tonnes de contrebande ont été saisies.

Le syndicat des tabacs estime que 95% du tabac à chicha fumé en France n'est pas acheté via le réseau légal …

Olivier Dussopt : C'est beaucoup … On s'attend à avoir des saisies similaires en 2020 comme en 2019, malgré le blocage qui a asséché le marché transfrontalier. Entre 2018 et 2019, nous avons saisi 50% de tabac en plus, soit 240 tonnes de tabac en 2018 et 360 tonnes en 2019. Dans le détail, ces 360 tonnes correspondent à environ 160 tonnes de cigarettes, 45 tonnes de tabac à narguilé, 1,3 tonne de cigares et 150 tonnes de tabac brut.

L'augmentation des saisies est-elle liée à une augmentation du trafic ou à une meilleure efficacité douanière?

Olivier Dussopt : Tous les deux. En 2019, les douanes ont réalisé 110000 missions visant la contrebande de tabac. Les plus grandes tonnes de saisies qui ont été effectuées concernaient des réseaux criminels organisés, parfois en relation avec des organisations terroristes. Le trafic traverse l'Europe, passe par la Belgique, l'Allemagne. Les ponts de transport viennent également du Maroc.

En plus du tabac à chicha, le tabac à priser et à chiquer revient sur le marché illégal, disponible en différentes saveurs: vanille, fraise, etc.

Olivier Dussopt : La consommation et la vente illégale de ce tabac à un jeune public sont en hausse. Nos services le gèrent très soigneusement, car en plus de la contrebande, il y a aussi une contrefaçon de mauvaise qualité.

Depuis le 31 juillet, il est illégal d'acheter plus d'un paquet de cigarettes à l'étranger. Cette mesure, qui fait le bonheur des buralistes (voir 31 juillet), n'est-elle pas aussi celle des contrebandiers?

Olivier Dussopt : Non, car cette mesure permet aux douaniers d'émettre des billets principalement dans le cadre de trafic entre particuliers. De nos jours, si vous êtes arrêté à une frontière avec plus d'un paquet de cigarettes, vous êtes en «suspicion commerciale». Ce petit commerce des particuliers nuit aux buralistes ainsi qu'à l'Etat et à la sécurité sociale, qui ne récupère pas ses impôts.

Quels sont les coûts en termes de pertes pour l'État?

Olivier Dussopt : Donner le déficit total est compliqué. Cependant, on estime que chaque colis de contrebande vendu représente une perte de 7,70 € de revenus fiscaux ou sociaux. Sur ces 7,70 euros, 6,15 euros doivent être alloués à la sécurité sociale.

Voir aussi notre article sur les tubes pour faire les cigarettes

Source : www.lemondedutabac.com